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Un petit mot sur les jours "raleurs". Par Chantal.

 

Vous avez vu nos photos, vous avez lu nos récits et ça donne envie. Vous avez remarqué nos sourires, notre mine épanouie  et bronzée et vous vous dites que nous sommes des veinards, des nantis, que nous n'avons aucun  mérite, aucun souci que celui de prendre du bon temps, de se la couler douce.  Et bien au risque de vous décevoir, détrompez-vous ! Même loin de toutes les contingences de nos sociétés modernes, même entouré des décors les plus enchanteurs, l'être humain est une espèce qui a besoin de se pourrir un peu la vie. Et pour arriver à ses fins même quand tout autour de lui est réuni il est capable de se polluer la tête. C’est donc ce que l'on n'a pas raconté dans le reste du site que je vais essayer de dire tout, ou presque tout ! en pensant qu’à terre ou en mer, la philosophie est bien la même. C'est la face cachée de notre aventure, celle que l'on a un peu peur de dévoiler parce que ça peut ternir un peu notre image ! ça fait tache dans le décor ! bien loin de l'image idyllique et paradisiaque qui ressort probablement à la lecture de notre prose.  Mais n’est ce pas aussi la vie de tous avec chacun ses détails ?

Il y a des moments merdiques comme à terre. La vie en bateau c'est parfois dur et pas seulement à cause des conditions météorologiques, de la mauvaise mer ou du mal au cœur.  Nous sommes loin maintenant et l’on ne rentre pas en quelques heures d’avion comme cela. Ceux qu’on aime sont loin et nous ne pouvons pas  être physiquement avec eux et les entourer dans les épreuves de leur vie, je trouve cela très frustrant.  Il y a aussi le fait que sur un bateau il faut savoir tout faire, mécano, menuisier, plongeur, peintre  pour caréner,  équilibriste pour monter en tête de mat en pleine mer, électricien et surtout un très bon bricoleur. Il faut réparer dès qu’une panne survient car l’effet de rebondissement peut  entrainer de vrais catas. On n’aime pas que les problèmes mécanique nous stressent  (surtout le capt’aine) et donc le reste de l’équipage et il n’y a aucun entrepreneur sur l’eau pour nous aider il faut savoir tout faire. Les galères en navigation ça existe: le pilote en panne et il faut faire des quarts fatiguant, le mauvais temps qui rend le bateau inconfortable et donne des bleus et mal au dos, les navigations au près ou les capots ne peuvent être ouverts pour aérer le carré et la chaleur écrasante pour faire la cuisine (sur les latitudes de l’équateur), les manœuvres de pont drossés par les mouvements des vagues, trempés par celles qui passent de l’avant, en pleine nuit, les moments où rien ne sèche car c’est mouillé, pégueux et salé. Assez de se faire baratter, malmener, d’entendre taper la mer sur la coque, de subir l’assaut des vagues ; de se faire tremper alors que l’on était sec une minute plus tôt : une vague qui monte plus haut et vient exploser jusque dans le cockpit ; ensuite c’est la pluie qui s’abat sur nous ! On n’aime pas, non plus, qu’il n’y ait pas de vent en mer car il faut faire du moteur, les voiles claquent, la baume grince, le gréement souffre des à coups… mais on n’aime pas, non plus, quand le vent est trop fort car en navigation, ce peut être  dangereux, fatiguant et il faut beaucoup manœuvrer. Quand on prend la mer il faut se réhabituer, reprendre des rythmes de sommeil et des réveils.  Au mouillage, l’ancrage est un moment stressant pour le capitaine : le meilleur endroit où l’on a l’impression qu’on ne vous écoute pas sur les options, le vent trop fort qui fait chasser le bateau, l’impossibilité de laisser le bateau seul car on n’est pas certain de tenir, l’obligation de relever l’ancre une nuit sans lune entouré de patés de corail et au risque de toucher ou bien tenir le bateau en place au moteur sur le mouillage. Il y a aussi l’orage, les éclairs qui foudroient l’électronique, le GPS et le reste. Les grains peuvent nous surprendre bien que nous soyons assez prévoyant sur les conditions météo. Il y a aussi les pannes  du moteur comme par exemple dans notre traversée entre les Fidji et la Nouvelle Zélande, l'entrée dans la passe de Papete. Il faut être astucieux, inventer,  mettre les mains dans la graisse et respirer les odeurs de gasoil comme à Papeete ou Bernard du cockpit nous demandait d’arrêter car il était malade… et nous aussi à l’intérieur du bateau (ce n’était pas triste).  Un truc trop bête, c’est de prendre la décision de jeter un truc  que l'on se traine depuis des années et qui va nous manquer deux jours plus tard ; l’improvisation en bateau n’est pas toujours idéale.  Merci à mon capitaine, je n’ai jamais eu peur en mer, j’ai toujours été en confiance et c’est sacrément important.

On déteste quand Didier veut faire la cuisine… et lui aussi. Par contre il participe bien à la vaisselle !


Je ne dirais pas aussi que la place du capitaine soit toujours confortable. En effet, des responsabilités il y en a et elles sont vitales. La sécurité du bateau et de l’équipage  est une priorité et il faut avoir pris les meilleures options. Dans l’urgence il ne peut y avoir qu’un chef.

Il faut faire avancer le bateau et dans les meilleurs conditions ; nous sommes en voilier et les voiles sont notre moteur. Il ne doit  y avoir qu’un chef à bord et même si l’on peut donner son avis il faut accepter la décision du chef de bord. Certains amis venus passer quelques semaines avec nous, chefs d’entreprise, métiers à grande responsabilité…  ont réalisé que sur un bateau la hiérarchie prend des dimensions différentes que dans la vie de tous les jours….. (et encore, en fait c’est bien pareil !)  C’est vrai que de laisser des libertés aux équipiers peuvent être fatales mais déléguer est aussi une richesse et permet aux autres d’avoir envie de faire. La pédagogie est essentielle. Je me souviens de Phiphi qui a offert un tee shirt sur lequel était écrit « mais qu’est ce qu’ils m’ont encore fait ces cons là ! ». Il y a toujours le stress que l’électronique nous lâche : les ordis, la cartographie, les communications Sailmail, la BLU, le téléphone satellite iridium…tous ces moyens de communication qui nous apportent la sécurité : il y a heureusement aussi à bord un sextant (avec toute la doc pour l’utiliser), pouvoir prévenir en mer,  obtenir des informations météo partout dans le monde, recevoir des nouvelles graves, rassurer nos enfants, obtenir une info pour réparer. Nous avons cette chance de pouvoir communiquer ; même si il ne faut pas se faire envahir, c’est bien réconfortant quand tout va mal et pour tous.

Ensuite, arrivés à terre, il  y a une épreuve obligatoire, c’est la douane qui est souvent un parcours de combattant et assez  chiante et chère.  Nous  en avons pris notre parti et l’on fait avec, c’est aussi une expérience renouvelée qui peut même être amusante.

L’espace : autour du monde, Océans, continents, pays,… cela paraît gigantesque alors que l’on vit dans 30 mètres cubes (c’est une chambre de bonne en loi Carrez) et chacun doit s’y faire une bulle. Même pour ceux qui s’entendent très bien (genre couple osmose pour les copains ! ce couple qui fait rêver ou qui fait peur car impossible !) cette promiscuité peut prendre des proportions à double tranchant. On s’adapte  pourtant, on prend des casques pour écouter une musique différente (et on s’isole), le moment des quarts de nuit seul est très privilégié pour se ressourcer  et c’est  un moment qui m’apporte énormément, j’en ai réellement besoin. Quand les autres dorment encore on essaie de ne pas faire de bruit mais les planchers grincent, la pompe d’eau  douce se met en marche ou le pompage des chiottes réveille tout le monde. Il faudrait tout vivre au même moment et ensemble.  L’éternelle question de l’eau et de l’électricité fait monter la pression même si les nouvelles lampes à Leeds ont une consommation record et que le déssalinisateur peut nous donner toute l’eau que l’on souhaite. A chaque bateau son organisation sur les heures de moteur et l’humeur des capitaines.  Ah l’annexe ! c'et la liberté d’aller à terre !! Avant de quitter le bord on se renseigne  de savoir qui veut aller à terre .. et quand.. et pour combien de temps.. et s’ils sont prêts…. et … afin que personne n’en ait, comme par hasard, besoin en même temps, ou que comme par hasard un autre  ait prévu d’aller sur un autre bateau, ou plonger, ou…. : c’est plus souvent qu’on ne  le croit compliqué. Mais surtout nous devons presque toujours faire tout ensemble au risque de se retrouver  bloqué sur le bateau  ou à terre  à attendre. A chaque fois que l’on va faire quelque chose il faut le dire. Pour prévenir le capitaine qui doit toujours être maître de tout ce qui se passe sur le bateau, ne jamais déplacer un objet sans prévenir car en cas d’urgence il faut le trouver dans l’instantané et bien sur c’est souvent de la faute des autres !

Une question revient souvent : « vous ne vous ennuyez pas ? » Et bien chaque jour apporte son lot de richesse ou de pittoresque. A terre ceux qui nous entourent nous apportent de nouvelles perspectives sans qu’il y ait besoin de discours et la découverte est un enchantement même avec ses mauvais côtés.  En mer on n ‘en a pas le temps : il faut faire marcher le bateau, l’entretenir, pécher, dormir, faire ses quarts, le pain, les yaourts…. Interroger la météo et les fichiers et les interpréter (quand le capitaine vous laisse faire !), communiquer avec les autres bateaux sur zone et ailleurs et joindre la famille (si cela ne dure pas trop longtemps!!). Effectivement SI  et seulement si on vous laisse faire les choses ce qui n’est pas  le cas sur tous les bateaux !  Ce serait dommage que cela reste ignoré ! Notre plus grande traversée a été de 21 jours, des Galápagos aux Marquises, nous n’avons croisé aucun bateau, nous n’avons vu personne et avons été heureux de partager seuls pendant 3 semaines cette navigation. Didier, un autre, voulait nous accompagner et je souhaitais que nous ne soyons que tous les deux, j’ai adoré cette traversée, sorry Didier X.

Il y a plusieurs voyages dans notre voyage : il y a bien sûr celui auquel tout le monde pense, celui qui nous fait découvrir différents pays, différentes cultures, différentes traditions, le voyage en bateau et à terre, l’adaptation que nous avons de nous fondre le plus possible avec les locaux  (même si ils nous prennent toujours pour une sorte de touriste alors que nous avons l’impression d’être totalement intégré avec eux). En fait, d’arriver à terre avec notre bateau (notre maison),  nos petits problèmes de la vie quotidienne comme ceux des locaux: se nourrir, trouver un médecin,  réparer une pièce moteur, bidonner du gasoil, transporter nos courses avec les transports locaux, .. fait que nous sommes particulièrement vite accepté et c’est une relation amicale merveilleuse. Nous apportons un peu de nouveauté, nous observons ce que  nos rencontres nous donnent, nous ne voulons pas déranger ou susciter de l’inquiétude ou de l’envie. L’échange est réciproque. Ce qui nous étonne encore depuis notre départ c’est la rencontre de gens qui souhaitent partir de leur pays, de leur île pour des horizons meilleurs, à Dakar c’était pour l’Espagne, aux Fidji c’est pour les Etats Unis ou l’Australie. C’est le miroir aux alouettes et ils sont prêt à tout pour partir, à n’importe quel prix et avec tous les soucis de l’isolement. Ils rêvent mais rassurez vous il n’y en a pas beaucoup mais ça existe vraiment et cela ne nous plait pas.

 Il y a enfin un  voyage intérieur que chacun de nous est en train de réaliser à sa façon , Didier réalise un rêve d’enfant,  Chantal trouve sa place en étant heureuse de partager cette expérience avec  son Didier. Mais surtout les moments de réflexion et de gamberge sont là. pour essayer de nous faire avancer sur la voie de la sagesse, de la patience et de la compréhension, de la tolérance, de l’écoute, de la disponibilité, hum je croyais en avoir plus !ou bien je me suis trompée sur moi-même ou bien le voyage m’a un peu changé. Jamais nous n’avons rien fuit et de râler sur notre monde de consommation, sur la pollution, et les désastres de nos sociétés  n’a jamais été mon débat. Par contre nous sommes bien conscient qu’il y a un long chemin fastidieux pour arriver à moraliser, nos sociétés  qui pourrissent notre terre et cela nous fait frémir de voir le corail mort, moins de poisson dans les océans, une mer polluée, un manque de prise de conscience  de tous et des administrations (cf. mon coup de gueule à Papeete). Il y a aussi le voyage  de notre couple qui nous conduit à redécouvrir l’autres différemment. Le temps et la disponibilité, le fait d’être tous les deux face à face, nous ….. Je crois que  par ma pudeur  et ma discrétion  je ne sais pas quoi dire en public. Pour certains le jardin secret est vital, pour d’autres c’est plus facile de se livrer mais une chose est certaine c’est que le mensonge, le bobard, en bateau cela ne passe pas. Ca passe trop bien ou ça casse !!!!!  Peut être que d’être si proche cela ôte de la spontanéité ou donne trop de naturel, toujours est il que nous sommes à nu l’un en face de l’autre sans artifice. C’est ce que j’avais toujours entendu dire des voyages en bateau ! Nous voila partis depuis 2006 et je suis très heureuse d’avoir réussi les étapes de cette tranche de vie même avec quelques petits bobos (il y en a) pas bien grave ou pas si grave: on verra si ils nous auront fait  grandir ou si ils nous aurons fait du mal !

 

Si vous partez en bateau il faut savoir concilier, tolérer, être patient, accepter tout en disant les choses et cela doit être réciproque.  Il faut plus parler qu’à terre alors qu’on pourrait penser le contraire.  Les soucis matériels c’est la vie de tous et ce n’est pas si grave, les galères en mer il y en a et là nous n’avons pas le choix c’est de la survie et on oublie vite. C’est le prix de certains désagréments que nous acceptons car en retour il y a de nombreuses récompenses qui comblent nos efforts.  Par contre on ne va pas faire une partie de tennis, aller boire un café avec une copine, se faire un ciné l’après midi avec un vieux pot, se faire une expo ou marcher en centre ville pour se défouler et claquer du fric en s’achetant une paire de pompes pour avaler une rancœur. Les gloups sont là et il faut crever les abcès. Peut être que notre culture nous avait appris à nous taire un peu trop?

 

Il faut savoir que ce n"est  pas l’endroit où l’on va régler un problème relationnel, il faudrait beaucop d'intelligence  pour y arriver (sauf  si l'on  souhaite aller au  crash).

Ce n’est pas un tort de ne pas être fait pour vivre en bateau.

 

Le temps voulu Didier dira peut être ce qu’il ressent.. Didier détestait la mécanique, les moteurs… il a fait des stages, il n’a pas trop le choix. Les difficultés de l’isolement et de l’urgence ont fait que nous formons un drôle de duo, qui trouve des solutions et se plonge dans les guides et mode d’emploie avec brio. Je suis fière de ce capitaine.

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